Le Diable (ça va)
Jacques Brel (1953)

 

Un jour le Diable vint sur terre, un jour le Diable vint sur terre pour surveiller ses intérêts, il a tout vu le Diable, il a tout entendu et après avoir tout vu, après avoir tout entendu, il est retourné chez lui, là-bas.
Et là-bas on avait fait un grand banquet, à la fin du banquet, il s'est levé le Diable, il a prononcé un discours et en substance il a dit ceci, il a dit :

Il y a toujours un peu partout
Des feux illuminant la terre, ça va
Les hommes s'amusent comme des fous
Aux dangereux jeux de la guerre, ça va
Les trains déraillent avec fracas
Parce que des gars pleins d'idéal
Mettent des bombes sur les voies
Ça fait des morts originales
Ça fait des morts sans confession
Des confessions sans rémission, ça va

Rien ne se vend mais tout s'achète
L'honneur et même la sainteté, ça va
Les États se muent en cachette
En anonymes sociétés, ça va
Les grands s'arrachent les dollars
Venus du pays des enfants

Les hommes ils en ont tant vu
Que leurs yeux sont devenus gris, ça va
Et l'on ne chante même plus
Dans toutes les rues de Paris, ça va
On traite les braves de fous
Et les poètes de nigauds
Mais dans les journaux de partout
Tous les salauds ont leur photo
Ça fait mal aux honnêtes gens
Et rire les malhonnêtes gens.
Ça va, ça va, ça va, ça va...